signature de l'artiste de l'art contemporain joseph beuys
signature de l'artiste de l'art contemporain joseph beuys

L’être humain ne peut pas vivre sans art

Print Friendly, PDF & Email

Le 27 janvier 1970, lors d’un débat public à propos de la politique culturelle, Joseph Beuys, artiste allemand énigmatique, pionnier de l’art contemporain du siècle dernier, explique pourquoi l’être humain ne peut pas vivre sans art.


L’éducation artistique est un problème dans le monde entier. Au fond de soi, chacun sait que l’homme ne peut pas vivre sans art. Sans éducation artistique, l’homme dépérirait probablement. Après 2000 ans sans art, il perdrait probablement son cerveau. On parle ici d’un art qui redonne une vie à l’homme directement depuis un espace encore inconnu mais que j’essaie de désigner avec le terme de « contre-espace » et en posant la question de l’existence toute entière de l’homme. Comment l’homme vient-il au monde ? Quelles sont les forces qui le nourrissent ? Quelle est la mission de l’art, si l’on suit la perspective de Goethe qui disait que l’art est une technique de deux mondes ? Cette technique doit se confronter au monde de la matière et au monde qui est au-delà du monde de la matière, c’est-à-dire avec le monde spirituel. Voilà la problématique de l’art. Par l’art, quelque chose est apporté à l’homme qui le rend capable de vivre dans la dimension physique de la vie. Cela le fortifie aussi dans le cas où il choisit plus tard de devenir un physicien et qu’il doit penser de façon tout à fait rationnelle. Il pourra mieux penser de façon rationnelle s’il est nourri d’art. J’essaie ici de décrire l’art comme une substance de nutrition dont l’homme a besoin pour ses activités. Il faut développer des modèles pour cela, voilà ce qui est important.

L’art est-il un moyen révolutionnaire ?

Évidemment. L’art peut justement poser ces questions parce qu’il a élargi son concept au processus, parce qu’il ne se contente pas de questionner le résultat, mais parce qu’il remonte plus loin et questionne le processus. Il arrive nécessairement à une origine et demande où ce processus commence. Et il arrive à un point où le penser apparaît ou bien, si on est plus loin dans le processus artistique, un point où se créent l’intuition et l’imagination. Et il faut demander : « à quel endroit apparaît l’imagination et pourquoi ? ». Apparaît-elle comme reflet du monde extérieur, de l’environnement, comme reflet du monde des choses ? Ou bien est-ce quelque chose que je crée depuis un espace supérieur, c’est-à-dire d’un monde spirituel réel ? Voilà la question vraiment urgente ! Suis-je prisonnier de ces conditions terrestres ou bien suis-je plus grand que ces conditions physiques terrestres ? L’art remonte donc au processus lui-même, c’est l’art qui pose aujourd’hui les questions épistémologiques qui ne sont pas posées par la science. Je veux le souligner. L’art arrive au résultat qu’il doit représenter l’idée dans son apparition, comme un processus plastique, et quand l’idée s’empare de la parole, il faut voir la parole comme un art. Il serait souhaitable que les hommes s’approprient la parole comme un art. La parole est un art, elle peut le devenir. Lorsque la parole se transmet par l’écriture, par la main, les nerfs, qu’elle devient écriture alors elle peut être de l’art, de la poésie. Dans les organes du corps, elle peut devenir un mouvement. Dans la matière terrestre, elle devient une matière plastique. Il est donc vital que l’on questionne les processus en l’homme à partir de l’art, que l’on pratique une science de l’homme dans ce sens. Et c’est à ce moment qu’on peut comprendre comment un être humain doit être éduqué. Doit-on l’éduquer d’après les contraintes pratiques et politiques qui sont décidées par les politiques, comme aujourd’hui ? Pourquoi n’avons-nous pas d’écoles libres ? Les hommes politiques pensent aujourd’hui pouvoir décider ce dont l’homme a besoin pour être éduqué.

Annonce


Image : Signature de Joseph Beuys. Source : Wikipedia Commons.

Statistiques du blog

  • 62 384 visites