À propos

Penser l’humain – Imaginer l’avenir

Dans un monde où l’impératif économique et le matérialisme réductionniste mettent en péril tant la nature que la santé et l’épanouissement de beaucoup d’êtres humains, il est grand temps de penser à nouveau la nature humaine et ses besoins spirituels.

Les diktats de la productivité et de la rentabilité, mais aussi une compréhension purement mécaniste du monde continuent de causer des ravages, autant dans la nature que dans la vie sociale. Nous sommes convaincus que le problème réside d’abord dans un manque de conscience des besoins intérieurs de l’être humain et de son lien avec son environnement.

En se séparant des anciennes spiritualités et religions, l’humanité moderne a conquis sa liberté. Une science objective s’est développée, qui a permis des conquêtes inégalées sur le plan matériel. Émancipé des héritages traditionnels de la religion, chaque individu est aujourd’hui doté d’une responsabilité et d’un jugement individuels. Ce développement a aussi apporté sa part d’ombre et provoqué un isolement intérieur croissant de la personne vis-à-vis de son environnement, vis-à-vis de ses semblables et, paradoxalement, vis-à-vis d’elle-même.

L’être humain qui pense retourne à la fonction originelle de son être, à la contemplation créatrice, à ce point où la création et la connaissance se trouvaient dans les interactions les plus merveilleuses, à ce moment créateur de la véritable joie de l’auto-conception intérieure.

Novalis, Les Disciples à Saïs

ÆTHER publie des articles, actualités et autres contenus permettant d’explorer des chemins possibles, des éclairages et des solutions d’avenir pour ce monde en crise. ÆTHER se base sur une approche anthroposophique, c’est-à-dire une démarche de connaissance qui reconnaît d’emblée la nature spirituelle de la pensée humaine. Le mot « anthroposophie » est apparu dans la théosophie chrétienne d’Europe du Centre et l’anthroposophie trouva ses premières formes d’expressions philosophiques et artistiques dans l’idéalisme et le romantisme allemand, ainsi que dans le classicisme de Weimar. Plus tard, au 19e siècle, c’est à travers des personnalités comme I. P. V. TroxlerG. Spicker et I. H. Fichte que l’anthroposophie fut définie de manière plus précise comme une science de l’être humain incluant sa dimension spirituelle. D’après ces philosophes, le « Je » humain, source de la liberté et de la conscience humaine, n’est pas réductible à son corps ou à sa matérialité : il s’agit d’étudier comment l’esprit conscient (la liberté) se manifeste dans la forme humaine visible.

À la fin du 19e siècle, Rudolf Steiner reprend aussi ces principes à travers un « idéalisme objectif », très inspiré par Schelling et Fichte, qui culmine dans sa Philosophie de la liberté. Il fait lui aussi l’expérience de la nature impérissable du « Je » humain. Il poursuit ensuite le même projet anthroposophique d’une compréhension méthodique de l’esprit qui anime le monde visible et qualifie sa démarche de « réalisme spirituel ». Selon lui, une explication matérialiste et mécaniste du monde ne laisse pas de place au vivant et à la liberté humaine. Pour que la liberté puisse réellement s’épanouir, il est nécessaire de dépasser la vision réductionniste et de reconnaître la dimension spirituelle dont l’être humain fait l’expérience à travers sa conscience de soi, mais surtout : sa faculté de penser. Steiner apporte une pierre décisive à l’anthroposophie en l’orientant vers la pratique spirituelle, vers une approche méditative visant à renforcer et élargir les capacités de la pensée. 

Tout individu, peut-on dire, porte en lui, en vertu de ses dispositions natives, un homme pur et idéal, et la grande tâche de son existence est de se mettre, à travers tous ses changements, en harmonie avec l’immuable unité de celui-ci.

Schiller, Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme.

Inspiré par Schelling et les autres idéalistes, il décrit une tripartition corporelle de l’être humain, pour saisir les interactions du penser, du sentiment et de la volonté à travers l’organisme. À la manière de Hegel, il développe une conception évolutionniste et holistique du développement cosmique et historique, avec la liberté humaine comme idée directrice de l’histoire. À la manière de Schiller, il développe une pensée sociale visant une libération de la vie spirituelle et faisant de la création esthétique et culturelle le pivot de la société, dans le sens de l’« imagination au pouvoir » des slogans de mai 68. Joseph Beuys a ensuite poursuivi cette pensée d’un art social en s’inspirant de Rudolf Steiner : « Chaque homme est un artiste », disait-il.

En bon héritier de Novalis et de Goethe, Steiner s’engage pour une science vivante de la nature et de la psyché humaine. Cette science de l’esprit revendique une démarche phénoménologique, à la fois critique et contemplative. Elle résonne avec de nombreuses approches contemporaines, comme par exemple la pensée chrétienne de Simone Weil, les épistémologies anarchiste de Paul Feyerabend ou phénoménologique de Edmund Husserl, les réflexions de Rupert Sheldrake sur les sciences du vivant ou encore l’idée de la résonance développée par Hartmut Rosa, pour ne citer qu’eux. Mais il faut aussi signaler les importantes affinités de l’anthroposophie avec le courant de la pensée anarchiste de Max Stirner à Ralph Waldo Emerson en passant par Henry David Thoreau. Au cours du 20e siècle, outre Joseph Beuys, l’anthroposophie a aussi inspiré de nombreux autres artistes comme Andreï TarkovskiMichaël TchekhovHilma af KlintVassily Kandisky ou Andreï Biély, pour citer les plus connus. L’anthroposophie n’est donc pas limitée à la personnalité de Steiner : elle s’inscrit dans une constellation plus large, tant au niveau historique que dans ses ramifications contemporaines.

À son époque, Steiner fut particulièrement prolifique en visions nouvelles et, questionné par ses contemporains, il proposa des idées en vue de renouveler les pratiques agricoles (biodynamie), éducatives (pédagogie Waldorf), médicales (médecine anthroposophique), sociales (tripartition), économiques (économie associative, banques éthiques), etc. Ces idées ont donné naissance à des écoles, des fermes, des cliniques et toutes sortes d’entreprises. Malgré leur interdiction durant la période nazie, elles n’ont cessé de se développer avec succès depuis un siècle et se sont disséminées sur tous les continents. Ces projets furent pionniers des approches écologistes, humanistes et progressistes respectant à la fois l’environnement et la nature humaine, tout en intégrant la technicité moderne. Tous les projets inspirés par l’anthroposophie, comprise au sens large, sont autonomes et indépendants les uns des autres, fruits d’initiatives individuelles ou collectives, non centralisées. Il existe cependant des fédérations et des associations diverses au niveau local ou international pour créer des synergies et des espaces d’échanges en vue de créer une culture respectueuse de la nature et de l’humain, qui place la liberté au cœur de la vie sociale.

Seul un savoir qui ne se soumet à aucune norme extérieure peut nous satisfaire, un savoir qui jaillit de la vie intérieure de la personnalité.

Rudolf Steiner, Philosophie de la liberté

Par des articles, des actualités et d’autres médias, ÆTHER veut participer au changement de conscience qui s’opère aujourd’hui pour mieux penser l’humain, l’esprit, la culture et l’écologie. S’inspirant de la démarche anthroposophique, ÆTHER ne se limite pas aux penseurs et aux pratiques qui se définissent comme anthroposophes. ÆTHER s’intéresse de manière large aux approches et initiatives qui vont dans la direction d’une phénoménologie de la nature humaine et de l’univers, et qui proposent des démarches novatrices en vue de recréer des liens reliant l’humain à la nature, à ses semblables et à lui-même, tout en respectant l’espace sacré de la liberté individuelle.

L’anthroposophie est une démarche ouverte, engagée pour une société ouverte, cosmopolite, pluriculturelle et fraternelle, où la vie culturelle puisse devenir réellement libre, c’est-à-dire libérée de l’impératif économique, des tendances politiques, des dogmes, qu’ils soient religieux ou matérialistes. Pour parvenir à cette société ouverte, nous devons accroître notre confiance dans la capacité de jugement individuelle des citoyens. Il est nécessaire aussi de reconnaître que la productivité et la rentabilité ne sont pas les seules valeurs qui répondent aux besoins de l’individu. Il faut favoriser la liberté culturelle, pédagogique, scientifique, thérapeutique, artistique et entrepreneuriale, et soutenir aussi ce qui semble d’abord non-rentable et non-productif pour qu’une société libre et humaine ait la chance de s’épanouir. La créativité de l’esprit humain a besoin d’espaces libres, non soumis aux lois du marché ou de la politique. Alors, une économie humaine, enracinée et régénérée dans la créativité pourra prospérer. 

Nous espérons que la lecture d’ÆTHER vous inspirera. Nous cherchons des collaborateurs pour ce travail actuellement bénévole : traducteurs, auteurs, rédacteurs, communicants, artistes, entrepreneurs et techniciens. N’hésitez pas à nous contacter, nous proposer un texte ou venir renforcer notre équipe !

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