Inspiration artistique et conscience sont-elles compatibles ? Qu’est qu’une œuvre d’art et qu’est la conscience ? Face à de telles questions, Vincent Van Gogh (1853-1890) n’est probablement pas le premier artiste auquel on pense, la rumeur ayant fait de lui un fou alcoolique, asocial et pauvre. Derrière cette personnalité indument caricaturée, vécut une individualité qui avait fait de la conscience la « boussole qui me montre le chemin, encore que je sais qu’elle ne fonctionne pas avec une exactitude parfaite »1 ; preuve qu’il était bien conscient !

Vincent Van Gogh a autant écrit qu’il a peint, autant crié qu’il a peiné ; la conscience complique toujours la biographie humaine. Les trente-sept ans de son existence furent une épreuve quasi permanente. Son art pictural ne se concrétisa que les cinq dernières années de sa vie, de 1885 à 1890, mais la plus ancienne lettre conservée de son abondante correspondance avec son frère Theo2 remonte à 1872, il n’avait que dix-neuf ans. Intégralement publiées3, ses lettres apportent un édifiant témoignage sur le rapport entre l’art et la conscience – entre son art et sa conscience. Il écrivit en néerlandais, en anglais et, à partir de 1886, presque toujours en français. Toutes les citations proviennent de sa correspondance. Dans le cas des lettres écrites en français, les tournures, la ponctuation ainsi que les rares fautes ont été conservées4. Pour traiter le sujet annoncé, je tenais à faire entendre la parole – écrite et peinte – d’un artiste aussi célèbre que méconnu.

Conscience artistique et académisme

Vincent Van Gogh devint artiste en empruntant un chemin très personnel, non académique. Autodidacte, il voua cependant une humble admiration à quantité d’artistes, anciens ou contemporains. Tandis qu’il observait et copiait ce que produisaient les autres, il créait son propre style à nul autre pareil. Du reste, peut-on créer sans avoir préalablement copié ? Van Gogh se tourna volontairement et consciemment vers ses pairs. C’était un aspect fondamental de sa conscience artistique : il tenait à choisir lui-même ses maîtres, les artistes capables de restituer la vie, alors que recevoir passivement un enseignement académique ne l’intéressait pas. En 1886, il tenta de suivre des cours aux Beaux-Arts à Anvers, mais l’expérience fut un échec : « Je veux bien faire mécaniquement tout ce que vous me direz de faire parce que je tiens à vous rendre ce qui vous revient, à la rigueur, si vous y tenez, mais – pour ce qui est de me mécaniser comme vous mécanisez les autres, cela n’a pas la moindre prise sur moi. »5

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