Quels furent tes premiers liens avec Joseph Beuys ? Où est-il apparu dans ta vie ?

Quand je pense à Joseph, je le vois immédiatement face à moi. Cette rencontre a été déterminante pour ma vie. Je suis reconnaissant que nos chemins se soient un peu croisés. Il est la personne la plus importante que j’ai eu le privilège de rencontrer. Mais je n’étais pas de ceux, comme Johannes Stüttgen, qui étaient toujours à ses côtés, je peux compter le nombre de nos rencontres. Lorsque Beuys fonda l’Université libre internationale, j’étais encore élève. Après mes années d’école, j’ai eu le sentiment d’avoir été pendant 13 ans un parasite. J’avais besoin de donner quelque chose en retour à la société. Et je voulais faire ce que je pensais être le plus difficile pour moi : travailler avec des personnes porteuses de handicap. Une amie m’a conseillé de contacter une institution anthroposophique ; elle pensait que je trouverais à Achberg les anthroposophes qui me conviendraient. J’y suis donc allé. Un costaud chaussé de sabots bruyants m’a demandé ce que je cherchais et j’ai dit : « Travailler avec des handicapés ». Il a répondu : « Mais nous ne sommes pas handicapés ! ». C’était Wilfried Heidt. Nous avons parlé jusqu’à trois heures du matin. J’ai eu le sentiment d’arriver dans un cercle d’amis unis par un même esprit. À partir de ce moment-là, je me suis rendu régulièrement à Achberg, et c’est là que j’ai aussi rencontré Joseph.

Comment l’as-tu rencontré, avais-tu des préjugés ?

J’étais timide. Je sentais que tout le monde recherchait un lien intime avec lui. Je n’aimais pas ça. Ça me faisait de la peine pour lui, raison pour laquelle je restais à l’écart, en observateur. Il fallut attendre la fondation du parti des Verts pour que se noue notre premier contact personnel à l’occasion d’un entretien. Nous représentions deux des cinq initiatives fondatrices des Verts : lui l’Université libre internationale (Free International University) et moi l’Action troisième voie (Aktion Dritter Weg).

C’est un grand bonhomme ! Voilà ce que j’ai ressenti quand je l’ai vu. Aujourd’hui encore, ce qui m’interroge, c’est sa perméabilité. J’ai de certaines personnes l’impression qu’elles brassent beaucoup d’espace autour d’elles, comme Helmut Kohl, par exemple : lorsque Kohl entrait dans une pièce, on ressentait une présence physique imposante. Ce n’était pas du tout le cas de Joseph. Il avait de la présence, il était vif et perspicace, mais j’ai toujours eu l’impression que tout le traversait, comme s’il vivait non pas « contre » les impressions, mais « avec » les impressions, toujours en relation avec tout ce qui l’environnait. Il était comme transparent, translucide, perméable.

Joseph Beuys - avec un vélo sur les marches de l'entrée principale de l'Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, extrait du fonds : AEKR Düsseldorf 8SL 046 (Bildarchiv), 019_0073

Il montrait dans ses entretiens une présence incroyable. C’était aussi une grande partie de son travail. La conversation était pour lui un processus artistique plastique. Il avait une infinie capacité à se mettre à l’écoute de son partenaire, et dans son propre discours une détermination et une ténacité étonnantes. C’est lors d’une promenade avec lui que j’ai le mieux senti cette faculté de se laisser pénétrer par ce qui venait à lui, dans sa relation avec les fourmis, les abeilles, les plantes et les animaux : j’avais l’impression qu’il leur parlait et qu’ils faisaient partie de lui.

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