Edgar Morin a décrit, comme nul autre avant lui, la croissance fulgurante du savoir humain, la spécialisation des sciences, de plus en plus déconnectée de la vie, la fragmentation de l'existence et les nouvelles potentialités de l'humain. Pour exprimer la modification des conditions de vie de l’être humain, il a finalement résumé ses observations dans le concept de « complexité », concept englobant la forme d’existence créée par les individus, dans laquelle une conscience structurante, cognitive et rationnelle est devenue déterminante pour la vie, même si elle reconnaît son incapacité à saisir cette vie.

La reconnaissance de la complexité comme forme d’existence moderne apparaît comme le premier pas vers une compréhension du vivant et de l’humain. Nul ne peut plus revenir en arrière sans perdre le contact avec la réalité, aussi grand que puisse être le désir de retrouver des états pré-complexes. Cette découverte de l’« homo complexus » est la contribution d’Edgar Morin à la conscience de notre humanité, contribution dont on ne saurait trop souligner l’importance.

Sous le pseudonyme de « Morin »

Sa famille appartient à la diaspora juive séfarade de Thessalonique. La mort prématurée de sa mère, Luna Beressi, alors qu’il avait neuf ans, fut sans doute un événement déterminant. Il évoque souvent cette blessure dans ses écrits ultérieurs. Sa réflexion sensible sur la perte, la mémoire et la vulnérabilité trouve peut-être ici son origine.

Son identité juive repose moins sur une pratique religieuse ou culturelle que sur une expérience historique et éthique. C’est tout naturellement qu’à vingt et un ans, pendant que les Allemands occupent la France, il rejoint la Résistance sous le pseudonyme de « Morin ». Il s’engage alors tout particulièrement dans des tâches organisationnelles, politiques et bientôt journalistiques, au sein de la clandestinité. Ce nom, cette attitude et cet engagement ne le quitteront plus jusqu’à sa mort.

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