Une vie se cache derrière les couches de nos mots et de nos images. Je ressens parfois vaguement son agitation. Elle apparaît aussi dans des yeux qui ne peuvent encore parler de rien. Ou elle s’insinue dans nos intuitions, discrète et silencieuse, comme une force obscure, douce, intemporelle. Cette vie est imprévisible et invisible. Il faut savoir s’y abandonner. Te souviens-tu du noir profond du coing d’hiver sur ta table de cuisine, qui aspirait à revenir à la terre, à la matière sombre ? C’est un noir qui s’abandonne au devenir, tout à fait différent de celui du scarabée. Il ne produit pas d’éclat, mais un désir d’appartenance. Nous avons perdu la magie pour des millénaires lorsque nous avons commencé à parler d’elle.

Un immense surplomb rocheux, d’au moins trente mètres de haut. Un groupe de personnes devant lui. Nous portons tous un boîtier d’éclairage dont le métal rouge est usé. Le cliquetis de l’interrupteur rappelle l’enfance. Lentement, nous nous dirigeons vers le sas, comme des enfants qui attendent quelque chose d’inattendu. L’émerveillement est la belle fille des ténèbres. Puis la terre nous aspire. Dans l’étroit canal de naissance, gardé par une porte de fer, l’odeur du monde s’efface peu à peu. Nous sommes la seule vie autorisée à franchir la barrière vers l’intérieur. Autrefois, c’étaient des porteurs de torches en chaussures de fourrure, avec des lanières de cuir et des couteaux en pierre, qui rampaient à travers les éboulis. Beaucoup ou peu ? Rarement ou souvent ? On ne le sait pas.

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