Il n’y a pas d’œuvre d’art sans regard pour l’accueillir. Cette idée est devenue presque programmatique dans l’art moderne. Cézanne parlait de « rendre réel, réaliser » pour souligner que le processus créateur, tant de l’artiste que du spectateur, ne consiste pas à reproduire une réalité donnée, mais à en engendrer une nouvelle.

Ce qui vaut pour l’œuvre d’art vaut aussi pour la nature perçue. Chez Cézanne, cela signifie que la montagne Sainte-Victoire comme le tableau lui-même sont des réalités produites par le regard. L’une comme l’autre n’adviennent véritablement qu’à travers l’œil de celui ou celle qui les contemple.

La réalité naît à travers l’être humain, par sa capacité à rendre perceptible, dans le monde sensible, ce qui est saisi intérieurement. Un être spirituel descend alors peu à peu dans l’apparence sensible, comme s’il s’incarnait. Autrement dit, nous pouvons être témoins d’une métamorphose par laquelle une présence venue de la périphérie céleste se transforme en une forme terrestre centrée, vers laquelle je peux finalement tendre le doigt. Idéalement, ce processus de réalisation traverse quatre étapes : de l’intuition encore purement spirituelle, à l’inspiration (proche de l’écoute), puis à l’imagination (proche de la vision), pour aboutir enfin à une perception concrète et objective.

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