Pourquoi était-il important pour toi de publier un livre sur l’hospitalité en 2017?

L’hospitalité, c’est-à-dire l’amitié qui émerge entre l’étranger et l’hôte, me semble depuis quelques années être une force particulièrement porteuse d’avenir. À l’été et à l’automne 2016, alors que les phénomènes de migrations étaient au centre de l’attention en Europe, l’hospitalité fut piétinée à bien des endroits, mais elle fut aussi mise en pratique de façon impressionnante. Je me suis alors décidé à rassembler quelques réflexions qui m’occupaient à ce sujet. En tant que motif de réflexion, l’hospitalité me semble pouvoir contribuer beaucoup à d’autres problèmes urgents du présent, en particulier à la question de la numérisation.

Peinture: Nathalie Lambert-Séchaud, issue de la série Migrations

Quel rôle joue l’hospitalité pour l’être humain actuel?

Pour moi, la force de l’hospitalité semble être un moyen de traiter différemment les défis actuels, en particulier de les comprendre différemment, et ainsi de trouver les moyens de créer d’autres formes sociales, culturelles et spirituelles. L’hospitalité mène l’individu à se dépasser lui-même et l’ouvre à l’Autre. Elle appelle à recevoir et à accepter l’Autre comme Autre, dans son unicité. La numérisation aussi bien que les migrations de masse remettent cette relation d’hospitalité en question, mais en même temps elles l’appellent.

On comprend facilement pourquoi l’hospitalité est importante pour la question de la migration. Pourquoi est-elle également centrale dans le contexte de la numérisation massive de notre société, processus que nous avons à peine commencé? Dans un sens, en tant qu’êtres humains, nous sommes déjà «augmentés» par la technologie. L’hospitalité dans ce contexte signifie-t-elle que nous devons nous accepter en tant qu’individus augmentés par la technologie?

Pour moi, la transformation numérique n’est pas principalement un problème technologique. En effet, les machines ont également joué un rôle important dans la révolution industrielle et la modernité. Mais les questions réellement soulevées par la transformation numérique sont sociales, politiques, économiques et spirituelles, et en particulier: qu’est-ce que l’homme? Tout comme l’industrialisation a fait de la ville l’environnement primaire d’existence pour l’homme, son cadre de vie (Lebensraum), le monde numérique crée son propre cadre de vie qui, lorsque vous commencez à y vivre, fait émerger de nouveaux défis pour l’humanité. Tout comme la grande ville a apporté avec elle solitude, perte du lien à la nature et à la religion, le cadre de vie qui se crée actuellement entraîne une perte de la relation à l’autre. Les algorithmes génèrent une bulle: nous ne sommes entourés que de ce que nous connaissons déjà et de ce qui nous plaît. Ainsi, le regard sur l’étranger, sur l’Autre, ne va plus de soi. Il doit devenir une création culturelle de l’être humain. Les détracteurs et les promoteurs de la numérisation le voient rarement: le problème posé par la technologie ne peut pas être résolu par la technologie −aussi peu par le rejet des machines que par l’adaptation de l’homme à celles-ci − mais seulement par une culture du cadre de vie numérique. Je considère l’hospitalité comme un motif central pour une telle culture.

Le problème posé par la technologie ne peut pas être résolu par la technologie − aussi peu par le rejet des machines que par l’adaptation de l’homme à celles-ci − mais seulement par une culture du cadre de vie numérique. Je considère l’hospitalité comme un motif central pour une telle culture.

Dans quelle mesure le «Je» et le «Tu» sont-ils redéfinis par l’hospitalité?

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