Apprendre à observer, à traduire, à révéler

Ma pratique artistique actuelle de mosaïste n'est pas née directement de l'admiration d'œuvres de mosaïstes, mais de l'éveil d'une sensibilité artistique plus générale, très lentement, sur plusieurs décennies, en passant par diverses écoles d'art et d'artisanat. Plus jeune, les mosaïques antiques ne m'intéressaient guère, beaucoup moins en tous cas que la peinture et la sculpture. Mais certains sujets eux-mêmes et la question de leur traduction plastique m'ont amené à me saisir tardivement de cet artisanat, qui convenait mieux que d'autres aux sujets que je cherchais à exprimer autour du paysage, de l'architecture, du minéral et du végétal.

La mosaïque, de l'artisanat à l'art

La mosaïque, longtemps artisanat ou, au mieux, art mineur resté art décoratif, est en passe, depuis un siècle, de devenir un art à part entière. Pendant des millénaires la mosaïque fut un travail de seconde main, après le passage des architectes, pour couvrir les murs et les sols de représentations durables. Cet artisanat avait connu ses plus riches heures dans l'Antiquité perse, puis romaine. Et l'on doit au travail des mosaïstes, comme à celui des vitraillistes, des représentations d'une surprenante fraîcheur, par la pérennité des matériaux utilisés, comme le verre, le marbre ou l'or. Longtemps aussi, cet artisanat avait pour consigne contraignante de travailler avec des matériaux d'épaisseur constante, afin d'obtenir des surfaces circulables les plus lisses possible ou des voûtes parfaites, couvertes de représentations du Christ en majesté, et portées à un grand raffinement par l'Art Byzantin. Au cours du XXe siècle, après un usage à nouveau abondant par le Mouvement Arts and Craft et l'Art Déco, et grâce à un usage original par des artistes comme Odorico ou Gaudi, l'artisanat mosaïste de commande s'est peu à peu libéré. Ainsi, il ne se limitait plus à longer les murs avec des frises, à couvrir entièrement les sols de riches villas ou les voûtes des églises, au titre de « revêtement décoratif pérenne ». Ceci lui a permis de devenir peu à peu un travail d'artiste, dont les œuvres sont désormais conçues soit comme des « tableaux en mosaïques », admirées pour elles-mêmes et déplaçables, soit comme des sculptures en trois dimensions. Ces œuvres s'enrichissent de multiples matériaux, renonçant parfois même à leur pérennité. La mosaïque est entrée peu à peu dans les galeries d'art. Désormais, l'utilisation de tous les matériaux est possible ainsi que les différences d'épaisseur et de rugosité. L'un des axes de recherche est la texture, en posant les fameuses tesselles dans tous les sens pour créer des jeux d'ombre et de rythme. De fait, la mosaïque fait une plus large place au chatoiement par ses reliefs ; les déplacements du spectateur font varier les surfaces en prenant la lumière différemment. Cet élargissement technique permet un renouveau, tardif mais prometteur, pour faire connaître d'autres facettes de cet artisanat modeste et méconnu, et attirer de nouveaux artistes. L'aspect « durable » n'est plus une obsession, on peut faire une mosaïque avec de nombreux matériaux, même moins pérennes que le marbre. De nouveaux enjeux se font jour : réemploi, local, matériau « pauvre », recyclable, vivant…

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