L’enfant se développe au contact de son entourage. De même, l’être humain est tributaire des valeurs éthiques transmises par son environnement. Il n’est pas facile de reconnaître les jugements de valeur introduits en nous de l’extérieur et qui agissent en nous – il est encore plus difficile de les métamorphoser. S’adapter à un cadre normatif qui prescrit ce qu’il faut faire et ne pas faire, ce qui est bien et ce qui est mal, s’avère plus aisé. Mais l’idée d’une éthique dans laquelle les valeurs sont créées de l’intérieur, à partir des forces créatrices de la personne humaine, a occupé de nombreux penseurs du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui. Hannah Arendt a particulièrement contribué à ces recherches à travers ses nombreux travaux.

Moi et Toi (1), Barbara Schnetzler

Hannah Arendt explique comment l’être humain a besoin de prescriptions morales extérieures, mais elle décrit aussi comment les dépasser. Elle montre comment prennent naissance, dans l’évolution humaine, la volonté individuelle et la faculté de définir par soi-même ce qui est « bien » et « mal ». Le 20e siècle représente pour elle le siècle de cette profonde mutation. Suivre des prescriptions morales transmises par les usages ou les traditions ne suffit plus à faire fonctionner une société à visage humain – les dérives totalitaires de sociétés civilisées en témoignent largement.

L’évolution devrait avoir pour but que l’individu se forge son éthique individuelle. Cette éthique ne serait pas prescrite par la société, mais serait cependant en accord avec un ordre plus large. Hannah Arendt n’a pas en vue une anarchie excluant les règles morales reconnues de tous. Elle met sa confiance dans une évolution permettant à l’individu de se forger lui-même ses valeurs morales, de façon à garantir et soutenir sa propre vie et celle de son entourage de façon juste, c’est-à-dire en toute liberté. On voit bien ici la similarité avec le concept d’individualisme éthique de Rudolf Steiner1.

L’évolution devrait avoir pour but que l’individu se forge son éthique individuelle. Cette éthique ne serait pas prescrite par la société, mais serait cependant en accord avec un ordre plus large.

Comment opérer ce changement de paradigme par lequel l’éthique ne détermine plus la personne mais, inversement, où l’individu détermine l’éthique ? Cela n’a rien d’évident. Les premières difficultés apparaissent dès qu’un enfant commence à exprimer des opinions différentes de celles de son entourage. C’est une base essentielle sur ce chemin vers la liberté lorsque la famille offre à l’enfant et à l’adolescent une attention impartiale puis, plus tard, un intérêt critique. Dans ce contexte, le principe d’autodétermination a une valeur inestimable. Il est au cœur de la pédagogie Steiner-Waldorf et, dans l’idéal, à la base de toute réflexion pédagogique moderne. Il n’y est plus question de chercher à imposer aux adolescents des normes et des modèles mais d’éveiller en eux la faculté de prendre un jour leur vie en main et de contribuer à modeler leur environnement social.

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