Tout est possible !

Le constat amer de l’urgence climatique actuelle semble être enfin à l’ordre du jour dans l’espace public : les médias en parlent largement et la question est devenue prioritaire aux Nations Unies. Cette crise a des facettes multiples, mais on peut la résumer assez simplement : avec son activité (industrielle) intense, l’humanité a provoqué un déséquilibre. Selon certaines études1, c’est justement l’agriculture qui serait responsable de la plupart des émissions des particules fines dans l’atmosphère, contribuant ainsi indirectement au réchauffement climatique. Le film Tout est possible (The Biggest Little Farm), sorti le 9 octobre au cinéma en France, donne un exemple d’une agriculture qui est respectueuse de l’être humain et de la nature et qui travaille dans le sens du rétablissement de l’équilibre naturel.

Recréer un écosystème

Le film suit le parcours, 10 ans durant, d’un couple californien qui transforme 80 hectares de terre stérile en un paysage fermier paradisiaque. La ferme Apricot Lane Farm de John et Molly Chester en Californie aux États-Unis est aujourd’hui une ferme luxuriante certifiée Demeter, avec un jardin potager de plus de 100 variétés de légumes, un jardin maraîcher, des vaches, des cochons, des moutons, des canards, des poules, des chevaux et des chiens, sans oublier la nature sauvage qui lie l’ensemble. C’est un organisme complet en soi, dont les parties interagissent et s’entraident et qui a sa santé, son immunité et ses maladies. 

Vue aérienne d’une partie de Apricot Lane Farms.

Pour arriver là, les deux protagonistes ont d’abord dû lutter contre l’infertilité de la terre dont ils ont hérité. En effet, l’idée principale du fonctionnement sain de la ferme est de veiller à la santé de son sol et notamment d’augmenter la proportion de matière organique. « Le sol est notre plus grand atout »2 : on retrouve cette phrase dans tous les communiqués de la ferme. C’est sur le sol que repose la santé et la prospérité de tous les habitants de la ferme et de ce qu’elle produit. Cinq ans après le début de l’aventure, John et Molly ont constaté le retour des forces régénératrices de la nature dans le sol, qui a commencé à retrouver petit à petit sa fertilité. Les insectes sont réapparus et avec eux, la nature sauvage a repris ses forces. John Chester s’exprime : « Regarder cette nature sauvage qui s’intègre dans les besoins de la ferme est tout simplement époustouflant. »3

Les enjeux du paradis

Si une ferme est en soi son propre écosystème, elle s’insère tout de même dans un paysage qui pose ses contraintes. Dans le cas de l’Apricot Lane Farms, la contrainte principale demeure dans les feux de forêt. Bien qu’habituels en Californie, ils ont augmenté en intensité et surtout, la période de l’année au cours de laquelle ils se déclarent s’allonge chaque année. Un autre enjeu lié au choix de la méthode d’agriculture, la biodynamie, est que la ferme est très fortement en lien avec les processus naturels de son environnement. En cas de crise, seules les méthodes douces sont utilisées : on stimule d’abord les forces défensives innées de la nature. Méthode efficace qui demande à l’agriculteur de composer avec les processus innés de la nature.

Opérer en harmonie avec la nature et ses forces est la clé de la pratique de l’agriculture biodynamique. Celui qui s’y lance adopte la vision où dans une ferme il n’y a plus de « mauvaises » herbes ou d’insectes « indésirables », mais qu’au contraire le tout est un ensemble qui s’entraide. Cette façon de cultiver la terre n’a pas, comme la méthode intensive, l’objectif de produire beaucoup à court-terme4, mais à investir dans tout l’écosystème : le sol capte le CO2 et sa fertilité est plus élevée, les animaux y ont une vie digne et créent une relation de partenariat avec l’homme. La nature sauvage est accueillie et non pas combattue, les aliments produits sont plus riches en éléments nutritifs et donc meilleurs pour la santé de l’être humain.

Affiche du film Tout est possible.

Solution au réchauffement climatique ?

On connait de mieux en mieux les sources de la crise actuelle du climat et pourtant l’émission de gaz carbonique a continué à augmenter jusqu’à présent, pour atteindre des valeurs records en 20185. Ce n’est pas notre connaissance du problème qui est lacunaire, mais le fait que cette connaissance n’arrive pas à se transformer en actes car nous nous sommes culturellement aliénés. Or « la Terre est la quintessence de la condition humaine » 6. Aujourd’hui, et pour quelques générations encore certainement, nous ne pourrons pas vivre sur Mars ou dans l’espace. Notre bien-être dépend directement du bien-être de la terre. Ainsi, se reconnecter à elle et l’accueillir est un début à la compréhension approfondie de la situation et la meilleure motivation à l’acte.

Ainsi, il devient compréhensible qu’une agriculture qui respecte les animaux, les végétaux, la terre dans son intégralité et donne des aliments de qualité à nos corps est la seule agriculture possible pour l’avenir. Le film Tout est possible redonne confiance dans notre capacité à faire face à ces défis : il montre que c’est par l’action de chacun que le changement s’opèrera. L’exemple de John et Molly Chester prouve que les solutions à la crise écologique existent et sont à la portée de chaque personne qui a le courage de prendre ses responsabilités, en tant qu’agriculteur ou en tant que consommateur qui s’adresse à de tels producteurs pour se nourrir.

Ainsi, les armes de la lutte contre le changement climatique existent et ils ne sont pas que techniques, mais dépendent de notre volonté intérieure. Pour que le changement s’opère, le chemin doit commencer dans l’esprit de tout un chacun. On doit se rappeler que l’être humain n’est pas un élément étranger à la nature. La situation écologique actuelle nous donne la chance de se rendre compte que chaque acte qu’il pose compte pour la nature et pour le bien-être de tous. Le but derrière le soutien d’une agriculture respectueuse de la planète et de l’être humain devient alors évident. Le film Tout est Possible, outre sa qualité photographique et une merveilleuse histoire inspirante, est un bel appel à l’action.

Images mises à disposition par The Biggest Little Farm (Tout est possible). Source

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Auteur

Profil
Rédactrice & iconographe

Sofia Lismont est active dans le milieu de l’art contemporain dans la région bâloise en tant qu’historienne de l’art, rédactrice, iconographe et en communication. D’origine estonienne, études à Tallinn, Paris et Bruxelles où elle obtient son diplôme de master en histoire de l’art en 2017.

Notes de l'article

  1. « Une nouvelle étude indique que les émissions des exploitations agricoles sont la source humaine principale de pollution de l’air par des particules fines dans une grande partie des États-Unis, en Europe, en Russie et en Chine. » Source : https://www.giss.nasa.gov/research/features/201605_farms/
  2. Visionnez le film ou lisez la page sur la pratique agricole de Apricot Lane Farm : https://www.apricotlanefarms.com/about-us/our-farm/
  3. « Watching that wildlife become integrated into the needs of the farm, it’s just absolutely mind blowing. », tiré d’un entretien avec John Chester, dans le communiqué de presse de The Biggest Little Farm.
  4. Une étude « DOK-Trial » réalisée au sujet de l’agriculture biologique et biodynamique pendant 21 ans en Suisse montre que les rendements restent élevés : en baissant de 50 % l’utilisation des engrais et des carburants fossiles pour la récolte biologique, le rendement final n’est que de 20 % inférieur. Source : https://www.fibl.org/en/switzerland/research/soil-sciences/bw-projekte/dok-trial.html
  5. Apprendre davantage : https://www.globalcarbonproject.org/carbonbudget/
  6. Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne, 1958.
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